Du côté de la critique...
Quand Lefort fait ses gammes au biniou...
Un type qui fait rire, et parfois peur. C'est un des critiques de
cinéma les plus talentueux et assassins, qu'aucune réputation
n'impressionne, capable d'affronter seul avec son petit stylo les
plus puissants panzer de la production et les généraux
les plus ombrageux du royaume des arts. Il a donc beaucoup d'ennemis,
qui vont se ruer avec l'impatience sadique du fantasme vengeur sur
son premier roman, plaisamment intitulé - par anticipation
prudente ? - "Vomi soit qui malle y pense". Un petit
polar, dans l'excellente collection Le Poulpe, situé dans
une Bretagne cabocharde et chatouilleuse de la gâchette, où,
pour une histoire de malle au trésor, des échevelés
locaux se refont à coups de bazooka la raie sur le côté.
Dans cette agréable fantasia, le souci de crédibilité
n'étouffe pas Lefort. Le scénario n'entre dans le
vif du sujet qu'à la page 49 (sur 130 !), et ses personnages
ne sont pas raccord. Ils parlent tous exactement de la même
façon. Seulement voilà : cette façon-là
est réjouissante, pleine de mots d'auteur et de gondolantes
métaphores. Très inventif, le style lefortesque. Alors,
non: nous ne vomirons ni ne honnirons.
Gilles Chenaille.
Elle,
12 mai 1997.
"Un Poulpe sur le sentier de la guerre, l'attaque de Fort Apache à côté, c'était une partie de jokari." Après mille et une aventures, après Paul Vecchiali et Romain Goupil (en l'an 2000, qui n'aura pas écrit son épisode ?), voici Le Poulpe au Far-Ouest, version Gérard Lefort, journaliste à Libération et chroniqueur sur Canal Plus. Dans une série où l'on trouve à boire et à manger, sa recette du Poulpe à l'armoricaine est un régal. L'imagination totalement débridée, la plume mordante et allègre, Lefort pilote pied au plancher une intrigue tout en dérapages contrôlés. De digressions sur le "régionalisme en chaleur" et "toute cette sorte d'enculeries en sabots de bois " en dégagements sur les problèmes de "l'indéfrisable qui vire à l'accident de brushing" ou les rapports entre Malebranche et Tintin, son invention fait feu de tout bois pour percuter les mots, exploser le récit ou allumer les dialogues: "Si on te demande, tu diras que tu n'as rien vu ni entendu, tu regardais les infos sur TF1. " C'est drôle, pétillant, brillantissime. Du Poulpe à cette sauce-là, on en redemande.
Le Monde, 4 avril 1997.
Leformidable !
Pour beaucoup d'adolescents exilés au fin fond d'une morne et peu compréhensive province, Gérard Lefort aura été, au fil de ses articles dans " Libération ", la petite lumière rose au fond du tunnel. Quand il n'enchantait pas carrément leur samedi avec "Son Passé les bornes y a plus de limites" sur France inter, décryptage alternatif, pratique et campissime de l'actualité, invitant un garçon en chandail même par les grosses chaleurs - aka Laurent Bon - à théoriser sur tous les tracas capillaires, vestimentaires ou amoureux auxquels le jeune garçon moderne était confronté au cours de sa vie... Cette fois-ci, Gérard dont on peut vérifier dans " La Grande Famille" sur Canal + qu'il ne fait - absolument, certainement, vraiment, considérablement, n'en jetez plus - pas son âge, s'attaque au polar avec un nouvel épisode du Poulpe. Le principe du Poulpe - roman policier de gare dans la plus noble acceptation du terme - est simple. Chaque épisode est écrit par une personne différente qui s'engage à respecter certaines obligations du genre. Ici, Lefort fait fort n'hésitant pas à envoyer Le Poulpe semer la zizanie dans un bar gay de Quimper ou à lui inventer une passade homosexuelle de jeunesse, histoire de cul techniquement correcte, mais qui foirera au petit déjeuner quand le type - bourru, mais Ginette - avait cru bon de l'appeler mon pigeon. Or, Le Poulpe même s'il se définit comme pédé dans la tête, ne supporte vraiment les pigeons que bardés et farcis au coup de pied. "Vomi soit qui malle y pense" est jubilatoire dans sa façon d'envoyer le Poulpe foutre la merde chez une bande de réacs attardés du Finistère (actualité, actualité...) et Gérard Lefort prend un malin plaisir à faire l'idiote : l'écriture est châtiée, et les répliques sont cinglantes, alternant références au cinéma, à Tintin ou plus naturellement à une follitude de bon aloi.
Têtu, Avril 1997.
Le Poulpe vomit le vert-de-gris
"Le Poulpe avait l'esprit d'escalier, mais là il venait de rater plusieurs marches." Voilà résumé en quelques mots un certain esprit dans lequel a été écrit Vomi soit qui malle y pense, dernier épisode des aventures tentaculaires. Des marches, Gabriel Lecouvreur va en manger tout au long de ces pages: Cheryl l'accuse de pomper ses répliques dans du Barbara Cartland; le professeur expert ès Malebranche lui rive son clou au chapitre tintinophilie; à propos de clou, le Poulpe pense faire son malin en donnant des Bretons la définition suivante: "Je ne vaux pas un clou mais ce clou servira quand même à me crucifier. Et si possible en Cinémascope"; mais il se retrouve en pays bigouden embringué dans une sale histoire à laquelle il ne comprendra rien à rien. L'intrigue se résoudra malgré lui et présente le mérite, à l'arrière-plan, de faire resurgir le passé collabo de certains nostalgiques en celtitude. Ajoutons, sans prétendre être exhaustif, un nouveau détail biographique qui atténue son côté macho: Gaby révèle enfin avoir eu accès aux mystères des amours masculines. A Clermont-Ferrand. Tout cela, accompagné de quelques clins d'oeil aux fondateurs des aventures poulpiennes, est ma foi fort délectable.
"Vomi soit, etc." est signé Gérard Lefort, cher homme qui vous citera Racine avant d'enchaîner sur la curieuse pédagogie d'un prof de français faisant apprendre par coeur "Andromaque" à ses élèves mâles, "sauf les rôles féminins"... Etonnez-vous: un, que pareil homme cultive les colonnes d'un confrère (Libération) et deux, qu'il ait une tournure d'esprit assez drolatique (qui, soit dit en passant, l'a fait virer de France-Inter où il sévissait le samedi matin).
Michel Guilloux. L'Humanité, 28 mars 1997.
"Super Gaby"(dans le texte) est de retour. Dans le Far Ouest armoricain, Michel Gourlaouen, alcoolique notoire et fils de famille dévoyé, est tué au bazooka. Tout esbaudi de retourner au pays de ses vertes vacances enfantines, voilà le Poulpe qui joue aux Indiens et aux voleurs, boit du thé dans un gobelet rouge en forme de tête de mort, est enterré vivant et sauvé in extremis par la plus charmante des marquises bretonnes, ornithologue un peu hippie, un peu gauchiste.
Gérard LEFORT, pour l'infinie délectation du lecteur, a tiré la veine contestataire de la série vers la fantaisie et l'humour grâce à une écriture jubilatoire. Ce qui n'étonnera guère les habitués des pages cinéma de Libération.
Maria Courtade, Les Crimes de l'année, 7, mars 1998.
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